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Une chaise, une voix, un texte
© Stéphane Trapier

Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes


dans le cadre de Une chaise, une voix, un texte

de Eric Chevillard (Commentaire) avec Michel Fau (Commentaire), Dominique Reymond (Commentaire)
afficher toute la distribution


Construit autour du petit essai critique, Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes, qui se propose sur le ton du pamphlet de régler son compte au « bon vieux roman », ce montage de textes met en scène un auteur qui singe les diverses postures de l’écrivain au travail afin peut-être de démêler par l’absurde et le paradoxe ce qui se joue vraiment dans la littérature, une fois celle-ci dépouillée de ses habits de cérémonie. La cohérence recherchée dans ce montage est évidemment factice et conçue pour voler en éclats à la faveur de digressions sauvages et d’accélérations délirantes.

extrait :
"Mes livres ne se vendraient pas mieux dans les boulangeries. S’y vendraient néanmoins comme des petits pains. Je pourrais m’en vanter sans mentir. Ce serait déjà une satisfaction pour ma vanité. J’allais suggérer cette astuce commerciale à mon éditeur lorsqu’il m’est venu  une bien meilleure idée pour écouler vraiment la marchandise. Ecoutez ça : je vais lui proposer de substituer à la mention roman sur la couverture de mes livres celle de bon vieux roman, beaucoup plus attractive. On imagine déjà le fauteuil qui va avec. Les enfants sont au lit. Le chien est couché en rond sur son tapis. Toute la maisonnée dort. Dehors un crapaud chante. Un nouveau-né pleure dans la poubelle, ou un chat. La lune est à sa fenêtre. Prenons un bon vieux roman."

avec le soutien de la SACD et en partenariat avec France Culture

tarifs : 12 euros / réduit 9 euros

France Culture enregistre certaines lectures du cycle Une chaise, une voix, un texte et les diffusera dans sa grille d'été 2012. > bientôt plus d'infos sur FranceCulture.com

SACD France Culture

Saison 2012-2013
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ventscontraires.net
La revue collaborative du Rond-Point
Il y a 6h
 

Cher monsieur Autin-Grenier, je vous écris de mon bain, en ce dimanche de pluie. J'ai dit à ma douce que j'étais disponible si elle avait envie de gentiment me caresser le sexe dans l'eau chaude mais je crois qu'elle a prévu d'autres façons d'embellir le monde, je pense donc que nous serons tranquilles pour discuter.
Cher monsieur Autin-Grenier, je ne vous écris pas du Montana mais je sais qu'un japonais neurasthénique rêve du Far West provençal de la même manière que nous projetons nos fantasmes sur les collines, les fleuves et les baies des Rocheuses où naquirent nombre de poètes et de crotales. Je vais donc considérer que mon bain est une sorte de Montana japonais et qu'ainsi l'honneur du rêve est sauf.
Cher monsieur Autin Grenier, ne vous rabrouez point, je ne suis pas un courtisan, je suis un fantassin électrique, un collectionneur de poussière, un arrière-goût, un pousse-mégot, une impression.
Cher monsieur Autin-Grenier, ce monde n'est pas le mien et ça vous fait une belle jambe. Pourtant j'écris, je fume sur la terrasse en matant les mésanges, je dors, je rêve, j'aime et je suis même sur le point de me reproduire ce qui prouve que nous ne sommes pas à une contradiction près et que la chute vaut bien la façon dont nous nous rattrapons aux branches.
Cher monsieur Autin-Grenier, vous faites partie de mes sauveurs familiers au même titre qu'Elliott Smith, Al Green, Miles Davis, Richard Brautigan, le vieux Buk, Issa, Rick Bass, Nina Simone ou Bob Marley.
Cher monsieur Autin Grenier, Luke-la-main-froide est mort et Johnny Boy s'est fait avoir, Vendredi est dans de sales draps, Tsi-na-pa est devenu marshal, Ardisson passe pour un rebelle et Bizot est oublié, le poil d'éléphant se porte aux poignets, les contre-cultures ont une durée de vie de sans-papiers et les syndicats ne sont plus représentatifs.
Cher monsieur Autin Grenier, tous les matins en allant pourrir au bureau, je croise deux dromadaires dans un champ au bord de la nationale et je me dis que tant qu'ils se moquent de nous, tout n'est pas perdu.
Cher monsieur Autin Grenier, nous ne croyons en rien et nous aimons trop, lorsqu'il y aura un gros pépin nous ne ferons pas long feu.
Cher monsieur Autin-Grenier, vous faites partie de ceux qui m'ont donné envie d'écrire, donc de voir, donc d'apprendre, donc d'en rire, donc de vivre.
Cher monsieur Autin-Grenier, je vis en dessous du seuil de pauvreté, j'ai passé trois fois mon bac et six fois mon permis, je pourrais tomber accro d'une bouteille d'eau, j'habite avec un chien peureux et une femme douce et fragile, je finis rarement les livres que je commence et je suis le roi des fautes d'orthographe.
Cher monsieur Autin Grenier, j'aime Erri de Luca, Terrence Malik, Patrick Dewaere et Magik Malik, Manu Larcenet, Shuggy Otis, Into The Wild, Bonnie Prince Billy et Lou Reed. Je n'ai rien contre la fuite à condition d'exister.
Cher monsieur Autin-Grenier, certains voient dans vos livres des histoires d'anarchistes, d'autres d'andouillettes et de vin blanc, moi j'ai l'impression que vous parlez de chiens mourants, de fantômes encordés, de diamants dans les flaques des rues, d'aigles royaux qui attaquent le ciel. La littérature est notre charbon merveilleux.
Cher monsieur Autin-Grenier, je voulais vous remercier de persister avec la grâce d'une coccinelle dans un plat d'huîtres ...


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